Patrimoine et Mémoire de Bousbecque

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Guy de Maupassant

PROLOGUE

Mes Chers Enfants et Petits Enfants,

Nous sommes le 18 septembre 2010, journée européenne du Patrimoine.
Je suis en train de surfer sur internet à la recherche d’articles concernant cette importante manifestation et je tombe tout naturellement sur l’éditorial écrit, à cette occasion, par Monsieur Frédéric Mitterrand, ministre de la culture et de la communication.
Je ne peux m’empêcher de juxtaposer, dans les deux pages suivantes de ce livre, ce texte avec celui écrit le même jour à l’intention du village de Bousbecque par Thérèse Mortier Ghestem, votre mère et grand-mère maternelle.
Elle y dénonce , avec tout le désarroi que vous pouvez imaginer, le « laisser-faire » de l’autorité politique locale, vis-à-vis d’un industriel peu soucieux du patrimoine, ainsi que son refus de concertation avec les associations de préservation du patrimoine du village et les élus du conseil municipal, qui ont abouti à la destruction, en quelques jours, du château historique, vieux de cinq siècles, fierté des Bousbecquois, dans lequel elle a vécu toute sa jeunesse.
Vous constaterez , à la lecture de ces deux textes, ce qui se dit et se veut au plan national en matière de culture et conservation du patrimoine et ce qui s’est passé dans les faits au plan local, pour ce château, fleuron de la région, qui fut habité en son temps par Auger de Bousbecque, Seigneur et personnage illustre ayant eu une grande influence sur le plan international au cours du XVIème siécle.
Le thème de la journée du Patrimoine étant tout particulièrement celui consacré aux « lieux marqués par l’empreinte des grands hommes », la destruction de cet emblème du patrimoine, mémoire de ce Grand Homme, réalisée en la circonstance, est d’autant plus inacceptable et ne peut soulever légitimement que colère et indignation.
Vous comprendrez alors tout le choc et toute la détresse de votre maman et grand maman , grande passionnée d’histoire et ayant cultivé d’une certaine façon ses propres racines en ce lieu mythique, lorsqu’elle s’est retrouvée, il y a quelques jours, à assister inopinément, impuissante, à la démolition de son habitation.
La douleur est d’autant plus forte qu’elle intervient au terme de son combat de plus de dix ans pour tenter de sauvegarder ce monument, riche de cinq siècles d’histoire, et détruit en quelques jours par une poignée d’hommes irresponsables et non soucieux de conserver et transmettre ce patrimoine à vos générations.
Sachant , ô combien, elle aurait souhaité réaliser son rêve de restauration de cet édifice, à titre familial ou, si ce n’était pas possible pour des raisons financières, dans un cadre associatif ou tout autre, et vous laisser, par là même, la trace de son action en faveur de ce patrimoine, j’imagine le grand vide qu’elle doit ressentir et qu’elle ressentira dans les semaines, mois et années futures.
Par ce livre, je vais m’efforcer de le combler en partie en vous résumant l’histoire de ce château à travers les âges, celle du grand personnage qui y a habité, et malheureusement les conditions dans lesquelles il fut condamné à la destruction.
Pour que la lumière soit faite sur cette affaire, vous saurez aussi quelles furent les actions menées par votre mère et grand-mère et les diverses associations de protection du patrimoine pour tenter de préserver le château et aussi celles qui se poursuivront pour que ces actes de pillage ne restent pas impunis et faire en sorte qu’ils ne puissent plus se reproduire à l’avenir.
Je souhaite enfin que son combat soit pour vous un exemple et que, forts de cette expérience, vous serez d’autant plus vigilants pour assurer la sauvegarde de tout élément de patrimoine permettant à votre descendance de cultiver ses racines en mémoire de ses ancêtres.

Gérard Mortier


Bien affectueusement
Votre père et grand-père
Gérard Mortier



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Frédéric Mitterand

Journées européennes du Patrimoine
17 et 18 Septembre 2010
Éditorial de Frédéric Mitterrand
Ministre de la Culture et de la Communication

Monuments conservés par des hommes et des femmes passionnés, traces laissées dans les paysages et dans les esprits par celles et ceux qui les ont construits ou habités : pour leur 27e édition, les Journées européennes du patrimoine célèbrent la grande histoire du patrimoine collectif à travers les lieux marqués par l'empreinte des « grands hommes ».
En choisissant le thème « Les grands Hommes : quand femmes et hommes construisent l’Histoire », j’ai voulu saluer la mémoire des figures de notre histoire, nationale ou locale, qui ont construit pierre après pierre notre patrimoine, addition de volonté, de courage, de créativité et d’engagements individuels.
« Le temps n’efface pas la trace des grands hommes » : l’Andromaque d’Euripide déjà portait cette conviction intime et fondamentale, dont le patrimoine porte jusqu'à aujourd'hui le témoignage. Il garde le souvenir d’hommes ou de femmes, artistes, écrivains, personnalités politiques et bâtisseurs, dont l’œuvre a enraciné un bâtiment dans le paysage et dans le temps, qu’ils en aient été les créateurs inspirés, les visiteurs insignes ou les propriétaires fidèles. Car le patrimoine s’enrichit de la profondeur de sa mémoire.
C'est le désir de mettre en miroir des destins communs, de faire dialoguer l’homme et le lieu, de valoriser celles et ceux qui donnent de leur temps et de leur passion pour préserver les traces de l'histoire, que j’ai voulu placer au cœur des Journées européennes du patrimoine.
Je tiens à saluer tout particulièrement l'ensemble des partenaires publics et privés qui, chaque année, s’engagent et rendent hommage au patrimoine français, et permettent le succès toujours plus grand de ces Journées.
Je forme le vœu que ces 27e Journées européennes du patrimoine donnent à chacune et à chacun le plaisir de découvrir, d’admirer et de partager la richesse patrimoniale unique de notre pays, et qu’elles nous permettent de toujours mieux habiter ces lieux de mémoire, que nous faisons vivre au présent et léguerons à notre tour aux générations futures. Car c’est aussi dans cette concordance des temps que nous construisons notre histoire. 

Frédéric Mitterrand



Voilà ce qui se dit et se veut au plan national…



et…voilà ce qui se passe réellement en local …



Thérèse Mortier

18 Septembre 2010, Journée du Patrimoine,

Lettre de Thérèse Mortier Ghestem* au village de Bousbecque.
*vice présidente de l'Association << Patrimoine et Mémoire de Bousbecque >>

Pierres, qu’ont-ils fait de votre âme ?

Ah! Si vous pouviez parler, vous diriez vraisemblablement :
« Village de Bousbecque, qu'as-tu fait de tes racines ?
Voulais–tu les oublier à jamais ?

Avons-nous traversé ensemble plusieurs siècles d'histoire pour qu'en une seule décennie tu nous laisses tomber pour finalement nous détruire complètement aujourd’hui ?
Devions-nous tant te déranger et mériter ton indifférence et ta cruauté à ce point, alors que nous nous sommes réjouis, avec toi, de te voir t'épanouir durant les années prospères à l'issue des années de misère , au lendemain des guerres, avec la disette, la peste et autres fléaux que nous avons ensemble affrontés.
Ô cruauté des temps modernes, le monde industriel a pris la place, indifférent à la richesse de notre passé historique, pourtant véritable mémoire de notre peuple.
Nous avons constitué, durant cette dernière décennie, une demeure morte, souffrant du froid, de l'humidité, aux murs suintant et aux fondations regorgeant d'eau. Nous nous sommes détériorées de jour en jour; les douves de notre château, qui étaient si nécessaires pour assécher les fondations et assurer ainsi notre longévité, avaient été comblées.
Pourquoi une telle action allant à l'encontre d'une réelle volonté de conserver et de pérenniser notre si bel ouvrage?
Il suffisait d’une étincelle de reconnaissance pour nous permettre de continuer à vivre et demeurer l’un des fleurons du patrimoine de notre région.
Au lieu de cela, tu nous as condamnées, sans véritable raison, à la destruction totale, sur une autorisation arbitraire de ton premier magistrat, pourtant largement averti par ses Associations le Village et Patrimoine et Mémoire de Bousbecque, sans aucune concertation avec tes propres élus.
Nous espérions un jour entendre, en paraphrasant Alphonse de Lamartine, ?
« MERCI, Enfants de Bousbecque. Nous avons, grâce à vous, retrouvé une âme qui s'attache à votre âme et la force d'aimer»

Les Pierres, malheureusement à présent, ne peuvent plus parler.. !

Château
Château de Bousbecque


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Sur les traces de Busbecq et du gotique » (Presse Universitaire de Lille)

Chers amis de Bousbecque,

     

J'ai réalisé en 1989 (je crois) un colloque universitaire sur Augier Ghislain, appelé souvent Busbecq, dont une partie s'est déroulée à Bousbecque même, et j'ai par la suite participé avec Jean Callens à une émission de FR3 sur le même Augier. Je suis directement sensible à cette destruction irréparable car j'ai passé plusieurs mois de recherche sur ce personnage attachant et hors du commun, qui appartient au patrimoine de votre cité. Je prépare actuellement une grammaire sur le gotique (langue des Goths) et il faut rappeler que c'est Augier qui a rapporté les témoignages si précieux du "gotique de Crimée" - qui, sans lui, n'existerait pas !! Il a mérité, à ce titre, une reconnaissance de l'humanité entière.

Je comprends parfaitement votre indignation et votre révolte devant cet acte de vandalisme : c'est le terme qui convient. Mon ami Didier CLICQUE m'a appris que cette destruction inqualifiable avait été faite alors que la DRAC était en voie de classer ce site historique et cela uniquement pour "faire du fric"... Sans commentaire !!
A la veille des Journées du Patrimoine, c'est une véritable provocation pour ce qui représente notre fonds culturel et historique. Il faudrait trouver un moyen d'alerter le ministre Fredéric Mitterrand ou, à défaut, ses services.

  

Comme hélas le forfait est réalisé et qu'il n'y a pas moyen de revenir en arrière, il faudrait au moins qu'il soit possible aux services publics ou à la DRAC d'infliger une amende colossale à la société auteur de ce sinistre exploit ... Ce serait un avertissement pour l'avenir si d'autres avaient envie d'imiter cette funeste action.

Nous sommes malheureusement désarmés devant un tel acte de mépris de l'histoire et du patrimoine local.

Je vous adresse mes sentiments de tristesse partagée et d'amicale sympathie.

André ROUSSEAU,  Professeur émérite des Universités